NINA BOURAOUI

LITTÉRATURE

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Biographie de Nina Bouraoui

Nina Bouraoui

Nina Bouraoui est une écrivain née à Rennes le 31 Juillet 1967, d'un père algérien originaire de Jijel et d'une mère bretonne. Ses romans mêlent à la fois poésie, nostalgie de l'enfance et de l'adolescence, quête amoureuse et déracinement. Elle est Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres et ses romans sont traduits dans une quinzaine de langues.

Elle vit en Algérie de 1967 à 1981.


AUDIO Entretien
Le parcours de Nina Bouraoui



Oeuvre

-La Voyeuse interdite, 1991, Prix du Livre Inter 1991

-Poing mort, 1992

-Le Bal des murènes, 1996

-L'Âge blessé, 1998

-Le Jour du séisme, 1999

-Garçon manqué, 2000

-La Vie heureuse, 2002

-Poupée Bella, 2004

-Mes mauvaises pensées, 2005, Prix Renaudot

-Avant les hommes, 2007

-Appelez-moi par mon prénom, 2008


-Nos baisers sont des adieux, 2010

-Sauvage,
2011


Les Thèmes

Ses romans abordent l'amour, le désir, l'identité et ses troubles, avec en toile de fond une palette de paysages, de couleurs et de sensations issus d'une enfance algérienne dont elle conserve la nostalgie.

Garçon manqué : Nos extraits préférés



Voici une sélection de nos extraits préférés du roman
Garçon manqué de Nina BOURAOUI

 
"Je garde un secret. Je viens d'une union rare. Je suis la France avec l'Algérie."


"Les burnous sont trop longs. Ils prennent le corps entier. Il le noient. On devient fragiles et perdus dans le costume traditionnel qui révèle l'impuissance à être vraiment une partie de soi."

"J'invente une autre langue. Je parle arabe à ma façon. J'interprète. Je reste dans le mensonge, une habitude." 

"La rue est derrière la vitre de la voiture elle est fermée, irréelle et peuplée d'enfants. La rue est rêve. Ma vie algérienne bat hors de la ville. Elle est à la mer, au désert, sous les montagnes de l'Atlas. Là, je m'efface enfin. Je deviens un corps sans type, sans langue, sans nationalité. Cette vie est sauvage."

"Je reste une étrangère.je suis invalide. Ma terre se dérobe. Je reste, ici, différente et française. Mais je suis algérienne. Par mon visage. Par mes yeux. Par ma peau. Par mon corps traversé du corps de mes grands-parents.
***
"Je deviens une étrangère par ma mère. Par sa seule présence à mes côtés. Par ses cheveux blonds, ses yeux bleux, sa peau blanche."

"Je reste avec mère. Je reste avec mon père. Je prends des deux. Je perds de deux. Chaque partie se fond à l'autre puis s'en détache. Elles s'embrassent et se disputent. C'est une guerre. C'est une union. C'est un rejet. C'est une séduction. Je ne choisis pas. Je vais et je reviens."

"Elle nie la ville, une forêt noire et serrée contre la lumière du ciel. Elle est en danger. Je suis là. Je protège malgré moi. Mon regard est armé. Mon regard est injuste. Ils frôlent. Ils ne s'arrêtent pas. Ils murmurent."

"Une femme française à ma mère: <<Pourquoi tous ces meubles chez vous? Un jour, ils prendront tout. >> << Pourquoi se maquiller? Ils ne nous voient pas. >> <<Pourquoi se parfumer? Rien ne tient ici. "

"Je ne comprends pas tous leurs mots. Une phrase revient, yahya l'Algérie*. Je la répète devant le miroir du long couloir qui sépare les chambres."


"Je parle français. J'entends l'algérien. Mes vacances d'été sont françaises. Je suis la terre algérienne. Je cours sur le sable algérien."

"J'entends la voix de mon père algérien. Je suis avec les enfants mixtes. Nous restons ensemble. Nous nous reconnaissons."

"Je ne sais pas les familles algériennes. Je refuse les invitations des familles françaises. Leur regard. Leurs mots. Leur jugement. Leur algérie française. Je parle avec des mots d'arabe intégré à ma langue maternelle."

"Les Algériens ne me voient pas. Les Français ne comprennent pas. Je construis un mur contre les autres. Les autres. Leurs lèvres. Leurs yeux qui cherchent sur mon corps une trace de ma mère, un signe de mon père."

"Être française, c'est être sans mon père, sans sa force, sans ses yeux, sans sa main qui conduit. être algérienne, c'est être sans ma mère, sans son visage, sans sa voix, sans ses mains qui protègent. Qui je suis?"


"Longtemps je crois porter une faute. Je viens de la guerre. Je viens d'un mariage contesté. Je porte la souffrance de ma famille algérienne. Je porte le refus de ma famille française. Je porte ces transmissions-là. La violence ne me quitte plus. Elle m'habite."

"Je veux être un homme. Et je sais pourquoi. C'est ma seule certitude. C'est ma vérité. être un homme en Algérie c'est devenir invisible. Je quitterai mon corps. Je quitterai mon visage. Je quitterai ma voix."

"Tout me sépare de ma vie algérienne. Tout. Ce bruit. Cette gare. Ces voyageurs pressés. Mon grand-père. Qui ne dit rien sur l'Alger. Sur ses plages. Sur le soleil. Sur la chaleur étouffante. Sur la vie de plus en plus difficile des Algériens. Sur l'avenir des Algériens. Sur la souffrance des algériens. Sur le manque. Sur les pénuries. Sur la violence naissante. Rien."

"Pour moi la France, c'est le roucoulement des tourterelles dans le jardin de la maison de vacances. C'est ce chant-là. C'est l'odeur de la boulangerie. Du pain chaud et des croissants
. Ce sont les couleurs des bacs à bonbons, Chupa-Chups, Malabar, Carambar. Et cette farine blanche. Et ce beurre salé. Pour moi, la France, c'est le goût du plaisir."


CE QUE NOUS AVONS AIMÉ CHEZ CETTE AUTEUR

-Le style de Nina Bouraoui nous plaît parce qu'il est accessible.

-Ce qui nous a frappé dans son écriture c'est l'énumération ainsi que les phrases trés courtes, qui donnent beaucoup de vitalité, de nervosité à ses mots.

- J'ai beaucoup aimé la description des lieux comme la plage d'Alger, ainsi que sa façon de décrire son rapport aux autres.

- Nous avons été sensibles à l'évocation des deux cultures, la double identité, le déracinement.